Qu’est-ce que l’Art Urbain ou Street Art ?L’Art Urbain, plus connu sous l’appellation anglaise « Street Art « est un mouvement artistique contemporain dont on estime le début à la fin du XXe siècle. Le terme « Street- art » est habituellement utilisé pour distinguer une forme d'art qui découle d'un acte de vandalisme réalisé par un individu ou un groupe d'individus défendant leur territoire, exprimant ainsi à travers leur art l’appartenance à un groupe ou encore, et c’est le cas le plus répandu aujourd’hui qui désirent faire passer un message n’ayant aucune véritable valeur artistique. Il est vrai qu’il est difficile de dater et même de définir avec précision ce qu'est le Street-art : néanmoins on pourrait le définir comme regroupant toutes les pratiques créatives réalisées essentiellement dans la rue, principalement la peinture, mais aussi la pose d'affiches ou d'autocollants, voir même l'art plastique. Plus que DANS la rue, cet art se pratique SUR la rue. Il s'agit de créer ses propres œuvres comme on l’entend, ses peintures sur les infrastructures urbaines, sur les murs des bâtiments ou encore sur les transports en commun par exemple. C'est principalement un art éphémère, mais surtout un véritable état d’esprit. Né au début des années 70 à New-York, la popularité et l'avènement de cette pratique sonnent le début de l'ère des street-artistes. La démarche artistique de l’artiste de rue est particulière, en effet c’est lui qui va à la rencontre du public et non le contraire comme cela se fait habituellement. Rencontrer un nouveau public, le surprendre, le provoquer, l’émouvoir et le détourner de son quotidien : voici les motivations qui poussent les Arts de la rue à investir l’espace public et à le revendiquer. Il est néanmoins impossible de réduire la naissance du street-art à l'essor du graffiti. Certains artistes, dessinateurs ou peintres avaient déjà annoncé la création de ce mouvement, et ce dès les années 60, grâce à des œuvres effectuées dans la rue. Il est également difficile de qualifier cet art dans sa technique, c’est un style ouvert, dont la seule véritable importance est sa liberté d'expression. Les techniques les plus couramment utilisées sont la peinture à l'aérosol en « bombe », parfois utilisée avec des pochoirs; les markers, les feutres à gouache, l'autocollant et l'affichage du même type que ceux utilisés pour les affiches publicitaires. Depuis son internationalisation qui a été fortement facilitée par le développement des réseaux de communication notamment audiovisuelle à l'échelle mondiale au début du XXIe siècle, l'art urbain, en tant que mouvement de l'art contemporain s'affirme surtout dans une diversité de pratiques que l'on ne peut pas vraiment séparer, par certains aspect des arts de la rue comme le Madonnaro, que l’on pourrait lui aussi qualifié d’art urbain. C'est principalement un art éphémère, mais surtout un véritable état d’esprit, une démarche selon laquelle l’art n’a plus besoin de support, ni d’être exposé pour pouvoir être vu. A)La rue: un musée à ciel ouvertContrairement aux cubistes ou aux impressionnistes, les artistes urbains exposent tous dans un même lieu : la rue. Le principe du street-art repose sur l’absence de support et d'exposition. La rue est l'unique toile des artistes qui pratiquent ce style. L'idée principale est de se servir de son environnement, afin de pouvoir le détourner ou même de l'enlaidir. L'art vient au spectateur, au passant lors de ses déambulations dans la ville. Cette forme d’art lui est imposée, ce qui créée très souvent un sentiment de rejet des personnes non réceptives à cette expression. Dans la société d’aujourd’hui, l'art est le plus souvent monnayable. Dans le street-art les artistes offrent leurs créations sans véritablement de retour, revendiquant leur non-appartenance au milieu « académique » de l’art. Le graff et le street-art est un art éphémère. Les artistes ignorent le devenir de leur œuvre. Détériorées au fil du temps et des aménagements des lieux publics, étant vouées à disparaitre. |
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Certains artistes en font même une composante majeure de leur démarche artistique. Prenons par exemple le photographe et street-artiste Jr, connu pour exposer sans autorisation ses clichés sous forme d'affiches géantes dans la rue, qui prône la dégradation par le temps et les intempéries de ces affiches comme composante primordiale de l'esthétisme de ses créations. La pratique de cet art fait aussi écho au fait de laisser une trace de son passage. Un artiste urbain ne pourra donc jamais vraiment se contenter d'une seule création ponctuelle dans la ville, il devra en faire des dizaines, voire des centaines à chacun de ses passages. Depuis sa naissance aux États-Unis, une des principales composantes est la notion de collectivité. Les premiers tags observés dans le métro new-yorkais étaient composés généralement du nom du gaffeur, puis d'un numéro, spécifiant la rue de laquelle il venait. Les graffeurs, se réunissent souvent en bandes, « crews » revendiquant leur appartenance commune imposant leurs peintures à leur environnement comme pour signaler que l'endroit leur appartient, d'une certaine façon. Le « tag » a effectivement sa propre culture. Chaque tagueur a un pseudonyme qu'il utilise pour revendiquer ses œuvres mais aussi dans le but de marquer son passage dans un lieu et ainsi se faire connaître, transformant l’espace public en un terrain de jeu. Un tagueur doit également être capable de taguer dans les endroits les plus inaccessibles, les plus dangereux. Cela deviens un véritable art de vivre. Un autre aspect important du street-art est la mémoire en gravant sur un arbre, en dessinant sur les table à école ou encore en inscrivant sur un mur le témoignage de son passage comme « Kilroy » en 1944, lors du débarquement en Normandie durant la Seconde Guerre Mondiale, les troupes américaines progressaient et reconnaissaient à de maintes reprise le tag : « Kilroy was here ». L'auteur de graffiti transforme son support en un véritable pan de mémoire: mémoire collective, mémoire des événements, mémoire individuelle… De plus il rejoint la démarche essentielle de l'art primaire, et préhistorique, où les premiers hommes peignaient sur les murs des grottes comme pour spécifier d'avoir vécu dans cet endroit. On en revient au sentiment presque animal de marquer son territoire. A force de persévérance, certains artistes parviennent à se démarquer de par leur originalité, finissant par être reconnus, comme Banksy qui expose au musée de Bristol, et des diverses expositions de plus en plus fréquentes dans les capitales… Cependant on ne peut nier le paradoxe entre le fait d'exposer cet art dans les galeries ainsi que de le monnayer et le principe de cet art qui repose sur la liberté, la gratuité et la notion d'éphémère. L’une de ses principales vocations est d’être exposé à la vue de tous, ce qui en fait un art particulièrement controversé. B)Le street-art, un art controverséLe street-art n’est pas sans controverses : c’est peut-être même ce qui lui donne son intérêt, la prise de risque fait partie de l’œuvre et la rend plus spectaculaire. Le graffiti est parfois aussi employé dans le but de communiquer un message politique et social. Le street art dénonce, et s’inspire de thème plus grave tel que le sida. Keith Haring, très tôt, s’est su atteint du VIH, après la contamination d’un de ses amants. Il s’attaque donc à ce thème dans un autoportrait aux taches rouges –ces lésions cutanées dues au sarcome de kaposi, maladie fréquemment favorisée par l’immunodéficience-puis au travers de la représentation de la sexualité. Dans un de ses tableaux Safe Sex invite à adopter des pratiques sans risque. Se sachant condamner, il a passé les restes de sa vie à tenter de sauver les autres au travers de ses œuvres. Certains graffeurs vont jusqu’à revendiquer la laideur de leurs graffs. On parle ici du street-art le plus basique, le « flop », la simple signature du tagueur dessiné sur un mur. Depuis l'avènement de celui-ci comme mode, la majorité des villes occidentales (surtout en Europe de L'ouest et aux Etats-Unis) ont vus se multiplier ces « flops » bien plus nombreux que de véritables graffitis travaillés à l'extrême. Par opposition à l'art souvent vu comme quelque chose d'académique et d'inaccessible par une certaine classe de la population (les jeunesses défavorisées, elles-mêmes initiatrices du street-art depuis ses débuts), les taggueurs, au travers de l'accumulation d'inscriptions, observent parfois une nouvelle forme de beauté et d’esthétisme. Plus les tags sont nombreux et peu aboutis, plus ces artistes s'y retrouvent et en apprécient la vision. Un des principaux problèmes que présente cette vision est la non-acceptation de cette créativité en tant qu’art et esthétisme par d'autres classes de population. L'espace publique est dénaturé sans aucune forme d’autorisation au détriment du regard de certains qui préféreraient que les villes soient propres et non dégradés, ou tout simplement belles par leur architecture propre. Ces graffitis (les « flops ») relèvent donc du simple vandalisme, de l’incivilité, actes qui selon certains sociologues sont une manière de clamer son existence. A travers le graffiti, certains jeunes peuvent éprouver une forme de désir de revanche mais surtout d'affirmation de soi, ou encore de manière fréquente, d'oublier la tristesse et la mélancolie de leur vie. Typiquement une forme d’art contemporain, l’art urbain reflète une certaine vision de la créativité chez les jeunes générations, il révèle un certain état du monde au travers des yeux de l’artiste. Il est spontané, libre, revendicateur, de façon la plus répandu ancré dans les évènements de l’actualité. Les artistes ont aussi su ignorer et s'affranchir de toutes règles (et même des lois) afin de transmettre de manière unique, personnelle et instinctive leurs sentiments et leurs émotions. Ils livrent de façon brutale et subite, leur regard sur le monde et la société. L'art urbain s’inspire très largement du contexte temporel dans lequel il est créé. C'est pourquoi on peut affirmer qu’il est très souvent le reflet même d'un sentiment de réaction, de contestation, de révolte au quotidien, à la morosité esthétique et morale dans laquelle les artistes de la jeune génération peuvent se sentir prisonniers. C)Keith Haring, un artiste engagéUn des artistes américains les plus emblématiques des années 80, mécène de l'art contemporain, Keith Haring est né en 1958 à Reading en Pennsylvanie et mort du sida à New York en 1990. Durant ses douze ans de carrière puisqu’il est mort à seulement 31 ans, il a eu le temps de marquer, à travers ses « subway drawings » (dessins dans le métro new yorkais) à la craie sur de grands panneaux ou ses murs peints partout à travers le monde et persistant encore aujourd’hui ; se caractérisent par un style vif et particulièrement coloré facilement reconnaissable. Son Œuvre est à la fois engagée et universelle, simple mais joyeuse, naïve mais néanmoins tragique. Ses peintures et ses dessins sont des manifestes en faveurs de ses grands combats : contre le racisme, le capitalisme, la société de consommation, le colonialisme de l’Eglise, « les masses médias qui nous desservaient » disait-il, la drogue qui anéanti, le sida qui le tuera même en 1990. L'art représentait, pour ce peintre homosexuel, une façon de revendiquer un moyen d’expression et un mode de vie, qu'il transformait et réinterprétait, comme pour dénoncer la voie empruntée par l’homme et la société sous la pression de différents facteurs dont les religions, les états et la société de consommation. Défiant l'ordre étatique, offrant aux passants ses « subway drawings », Haring n'a, dans sa courte vie, cessé de soutenir les biens publics ainsi que le respect de l'individu, face aux acteurs qui mettent en danger sa liberté et son existence. D'ailleurs, à partir d’une certaine période il a cessé de peindre et de dessiner dans le métro au moment où il s’est rendu compte que des collectionneurs commençaient à s’approprier ses œuvres, en opposition à son idéologie et sa vision du street-art. Il s'est également beaucoup engagé dans les causes pour les enfants, c’est ainsi qu’à la demande de l'hôpital Necker-Enfants malades à Paris il peint la totalité d’un des murs et bien d’autres projets monumentaux particulièrement celui du mur de Berlin en 1986. Son art comme « Individu contre l'État », « Capitalisme », « Religion », « Racisme », « Écocide, menace nucléaire et apocalypse » ou « Dernières œuvres. Sexe, sida et mort ». Ses principaux thèmesLoin d’être seulement joyeuses et colorées, les œuvres de Haring dénoncent souvent avec beaucoup de vivacité les injustices en tout genre. Un art qui parait résolument politique et qui s’approprie la violence du monde. Les médias En 1980, il introduisit sa tête dans un cadre de téléviseur : c’est ainsi qu’il disait voir les médias comme des objets se substituant à l’esprit humain. Dans un de ses tableaux, il y illustre cette idée en représentant un monstre à tête d’ordinateur sur lequel on distingue une image de cerveau. Dès son plus jeune âge il se méfie de l’ordinateur et de la télévision, selon lui nocifs pour l’ensemble de la société. Il dénonce alors au travers de ses œuvres les dérives d’une société de plus en plus médiatisée. ![]()
Une société marquée par une consommation de masse Keith Haring s’inspire de la culture pop en utilisant l’iconographie de la société de consommation (des logos de Coca-Cola ou de Lucky Strike), des personnages de Walt-Disney, Les Schtroumpfs…Ces œuvres sont surtout une dénonciation de ces années 1980 ultra consuméristes et de leurs dérives. De tels objets et de figures emblématiques avaient déjà été exploités par Andy Warhol dans les années 1960, Haring lui rend hommage dans sa série Andy Mouse, ou le héros de la Factory s’hybride à Mickey Mouse et à Haring lui-même avec ses lunettes caractéristiques. Keith est un digne descendant du pop art. ![]() La religion Il a toujours considéré l’homme blanc comme mauvais, utilisant la religion pour justifier et assouvir son désir de pouvoir. Tout au long de ses 11 ans de carrière, il dénonce la religion comme nocive. Dès 1981-1982, il représente des croix, des auréoles qui entourent les hommes, encerclent les têtes, oppressent la société. Lareligion prend le contrôle du corps et de la pensée. Dans ce tableau, une femme à tête de crocodile marche dans les flammes de l’enfer, un crucifix dans la gueule. Une vision ultra sexuée de la chrétienté et de ses maléfices ![]() Le Sida Très tôt, Haring s’est su atteint du VIH, après la contamination d’un de ses amants. Dès 1985, Il s’attaque donc à ce thème dans un autoportrait aux taches rouges –ces lésions cutanées dues au sarcome de kaposi, maladie fréquemment favorisée par l’immunodéficiencepuis au travers de la représentation de la sexualité. Dans un de ses tableaux Safe Sex invite à adopter des pratiques sans risque. Se sachant condamner, il a passé les restes de sa vie à tenter de sauver les autres au travers de ses œuvres ![]() Le racisme Il a toujours pensé :
et n’a eu de cesse de combattre le racisme. En 1983, l’assassinat de l’artiste afro-américain Michael Stewart l’a profondément marqué. Deux ans plus tard, il peint une toile qui s’inspire de ce fait divers . Dans le tableau, on y voit l’artiste étranglé par une main blanche et entouré de squelettes, de sang, de croix comme étant des symboles de morts. L’œuvre Untitledde 1984, quant à elle, fut transformée en affiche pour dénoncer l’apartheid en Afrique du Sud et distribuée gratuitement dans Central Park. Par ces œuvres et modes d’action, Haring s’affiche comme un artiste viscéralement militant et engagé dans les causes qu’il défendait. ![]() |
![]() Un tagueur faisant son tag avec le pseudonyme "Grems" ![]() Le graffiti "Kilroy was here" ![]() Keith Haring ![]()
Des "flops" sur un camion ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() |
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